MusiqueMon coeur bat à 100 à l'heure. Je ne sais même pas pour quoi. Je me sens un peu idiote, à attendre ici. Toute seule au milieu d'une foule d'étrangers. Le monde a les yeux fixés sur moi, sur mon visage. Qu'ai-je de si différent pour que l'on me regardes ainsi ?
Me manque-t-il quelque chose à ma composition génétique ? Ou est-ce ma tenue vestimentaire qui vous fait fuir ? Je n'ose même plus lever les yeux. Je tente de me concentrer sur les lignes de mon livre. Mais je suis dans l'incapacité de comprendre un traître mot de ce que je lis.
Une légère mélodie de Debussy se fait entendre. Je jettes un petit coup d'oeil à mon portable. Ce n'est pas le mien. Je regarde alentours. Je dévisage.
Observe.
Diagnostique.
Comprend. Un couple est en train de prendre un café. La femme pleure pour je ne sais quelle raison. Devant elle, se trouve des photographies. De ma place, je ne peux pas les voir. L'homme devant elle n'ose même pas la regarder.
Mais je peux tenter de comprendre. Peut-être la trompait-il ? Il devait avoir une jeune femme d'une vingtaine d'années, belle, séduisante.
Machiavélique.
Je tourne la tête. Je ne veux pas voir une femme qui pleure. Mon regard se porte sur une petite fille. Elle est entourée par ses parents et quelques amis. Devant elle, il y a un énorme gâteau. Plein de crème.
Rose. Tout ce bonheur m'écoeure un peu. Elle est heureuse, entourée par ses parents et ses plus proches amis. Entourée par des cadeaux.
Je préfère me concentrer sur les passants. Dehors, la pluie tombe.
Harmonie désespérée. Mon regard s'accroche à un adolescent. Les cheveux mouillés. Et blonds. Des yeux bleus turquoises. Sûrement dûs à des lentilles. Un nez droit. Une bouche qui donne envie de l'embrasser. Une stature puissante et carrée. Un torse qui vous invite à se blottir contre lui. Il doit mesuré plus de 1m85.
Un sourire se dessine sur sa bouche. J'ai l'impression qu'il m'invite. Pourtant, je détourne le regard. Je me plonge dans ma musique.
Siebenburgen. Pour une fois, je vais l'écouté. A la fin de la chanson, je tourne ma tête vers la rue.
Il est toujours là. Il attend.
Quelqu'un ? Ou
quelque chose ? Une
amante ? Ou un
baiser ? Je détourne à nouveau les yeux. Je fixe mon verre. Il ne reste que les glaçons à la couleur caramel, qui flotte au fond de mon verre.
Je pose un billet de cinq euros sur la table, le coinçant sous un quelconque objet. Je me lève. Attrape mon sac et mon livre. Je traverse la salle. Je passe devant le couple de tout à l'heure.
Larmes à l'oeil.
Baisers sur les
lèvres. Je regarde les photographies. Prise par une main experte. Elle montre un couple s'embrassant langoureusement dans le Parc des Amoureux.
Je souris à la femme. Décontenancée par mon sourire, elle baisse la tête. Je passe devant la petite fille. De près, elle n'ait pas si heureuse que je l'aurais cru. Un sourire fade est dessiné sur ses lèvres roses. Son rire est faux. Ses gestes mécaniques. Aucune étoile ou pétillement dans ses yeux bruns. Un
robot.
Je ne fais rien pour la petite. Je passe devant sa table. J'arrive rapidement devant la porte vitrée. Je ne me retournes même pas. Je pousse la porte. Un couple se recule.
Peur ?
Dédaignement ?
Haine ?
Découragement ?
Je ne sais pas. Je passe devant eux. Je pousse la porte. Je fais ceci avec un malin plaisir. J'ouvre mon parapluie noir. Noir comme moi. Je regarde. A droite. Rien. A gauche. Lui. Je ne le connais pas. Je tourne à droite. Je ne veux pas passer devant lui.
Inconnu amoureux.
Je marche. Je saute dans les flaques. J'éclabousse les passants.
Regards haineux. Je les regardes.
Sourire agressif. Je traverse la rue. Je m'approche du parc.
Souvenirs rêveurs.
Je m'approche du minuscule lac artificiel. Je m'assois. La pluie me mouille. Je jette mon parapluie un peu loin. Je laisse tomber ma tête en arrière.
Instant éternel. Je sens mon maquillage dégouliner. Je sens une personne s'asseoirà à mes côtés.
Je n'ouvres pas les yeux.
Amoureux réciproque. Je sais qui il est. Elève de ma classe. Je tente même pas de chercher son nom. Son prénom m'échappe.
Un silence réconfortant nous enveloppe.
Cicatrice désuette. Au bout de quelques instants, je me lèves. Lui aussi, se lève. On se met face à face. On se ressemble.
Ressemblance invraisemblable. On se rapproche. Nos lèvres se touchent. Nos mains se cherchent. Nos langues se tâtonnent.
Ballet magique...Rien ni personne ne nous raccroche à la vie. On se sépare.
Souffle court. Un sourire se dessine sur nos lèvres.
Heureux.
Amoureux. La pluie tombe toujours. Nous ne remarquons rien. Nos lèvres se touchent de nouveau.
Précieuse minute.
Nouvelle rencontre.
Nouveau baiser.
Nos mains se cherchent, explorent. Nos langues se frôlent, s'amusent. Yeux dans les yeux. A bout de souffle, nous nous séparons de nouveau. Nos corps sont en fusion. Nos corps sont proches. Un dernier baiser.
Je me sépare de lui. Je reprends mon parapluie. J'attrape mon sac, qui est tombé à mes pieds.
Dernier regard. Je le quitte. Je me doute que demain, lorsqu'il me verra, il n'aura rien que du dégoût pour ma personne.
Je traverse le parc. Je vagabonde dans les rues. Il faut pourtant rentrer...
Maison chaleureuse.
Qu'adviendra-t-il de notre baiser demain ?